jeudi, 01 décembre 2011
Rating & Cie
Mr Bitch envoie valser le journal devant lui.
- L'article est en page trois.
C'est Mr Maudit's qui, le premier, tend une main hésitante vers la table. Penché en avant à l'extrême, comme pour se garder de tout contact avec le rebord du meuble, il commence à tourner lentement les pages du bout des doigts. De temps en temps, il s'interrompt pour réajuster ses lunettes.
Messieurs Bastard et Poor's stationnent en retrait, jetant de fréquents coups d'oeil intimidés par dessus l'épaule de Mr Maudit's.
Le bureau capitonné de la Rating & Cie est plongé dans un silence religieux. Une odeur mêlée de tabac froid et de moquette shampooinée imprègne la pièce. Mr Bitch patiente en se salopant la manucure à coups d'incisives.
Tout au long de sa lecture, Mr Maudit's sent l'anxiété l'envahir graduellement. Bastard et Poor's se sont rapprochés, les sourcils froncés. Une expression d'incrédulité, pour l'un, et d'indéfinissable stupeur, pour l'autre, gagne inexorablement les visages.
Mr Bitch se penche à son tour sur l'article, comme pour vérifier une énnième fois ce qu'il contient.
- C'est... c'est impossible, bégaye soudain Mr Maudit's, se refusant à en lire davantage.
- Comment osent-ils ? murmurent machinalement Bastard et Poor's, tout en continuant à déchiffrer du bout des yeux.
- Pourtant, cher amis, c'est écrit noir sur blanc. SSS.
- On nous augmente d'un S, comme ça, sans aucun avertissement ? Mais c'est tout bonnement criminel !
- Triple S ! Trois "Salopards" ! Vous vous rendez compte ? La note maximale !
- Nos titres vont plonger. Il faut faire quelque chose !
- C'est ni plus ni moins que du hooliganisme... comment se permettent-ils ?
- Notre crédibilité sur les marchés va s'effondrer !
- Ce système de notation est complètement biaisé.
- C'est le principe même de la notation qui est à revoir, vous voulez dire. D'un puéril ! Où se croient-ils ? Sur les bancs de l'école ?
- Calmez-vous, mes amis. On ne peut raisonnablement pas aller contre l'opinion. Nous sommes en train de faire l'unanimité contre nous.
- Alors, que proposez-vous ?
- Nous n'avons guère le choix. Si nous voulons restaurer la confiance en nos capacités et nous donner toutes les chances de redescendre d'un cran, il n'y a qu'une seule solution et vous le savez bien...
- Davantage de rigueur éthique, c'est cela ?
- Replacer l'humain au centre du système ? Pouah ! Un retour au paléolithique...
- Allons, allons. Sachons sang-froid garder. Il s'agit tout au plus de faire le dos rond, le temps que le choses se tassent. Ne prêtons pas le flanc à nos adversaires. Ça ne cesse de répéter que la peur est en train de changer de camp.
- Mais... et si c'était réellement le cas. ?
- Eh bien, nous leur renverrions la balle. Après tout, rien ne nous empêche de noter à notre tour ceux qui nous notent.
- Vous voulez dire nous prononcer sur la fiabilité de chaque citoyen américain ?
- Je veux dire nous prononcer sur la fiablité de chaque damné enfant de putain sur cette satanée planète ayant voté électroniquement contre nous. Ne l'oublions pas, nous possédons sur tous et toutes des informations qu'ils ignorent parfois eux-même. Mais pour l'heure, dos rond, mes amis, dos rond. Il n'est pas encore temps de sortir le grand jeu...
23:04 Publié dans Lisez du BAILLY ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


