vendredi, 17 novembre 2006
Phagocytose
J’aime cette ville de merde. J’aime sa crasse, ses façades ravagées, le découpage agressif de ses rues : murs noirs, couloirs à smog. J’aime cette odeur brumeuse et acide qui brouille les sens, fausse les distances.
Je suis étourdi par autant de mouvement, de désordre dans un décor aussi désespérément statique, inamovible, granitique. Blocs de pierre morte. Escaliers perdus. Assauts de touffes d’herbe sale. Etourdi par tous ces bruits rugueux, dentelé, acérés. Donne envie de vrombir.
J’aime ces agressions. Je croîs avec elles, elles me prêtent de leur substance.
Lorsque j’arpente ces montées raides, bosselées et que ma nuque s’enserre dans un carcan de froid de stress de rage jubilatoire, je sais que la ville se retranche en moi, y concentre toujours plus de matière. Me minéralise.
C’est comme cela que je la souffre, mandibules crispées, et que je me sens fort en son sein.
Gueuse de ville, ton éternité - je le sais, réside dans ton immobile chaos, dans ton refus de me devenir.
Paru dans l’anthologie « Villes au bord du monde », Le Jardin d’Essai, (2000).
17:50 Publié dans Lisez du BAILLY ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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